14 novembre 2413 – Naissance et Exhumation

Noisette était sur le point de vêler. Pia, Isis et Cepp qui s’occupaient habituellement de la traire, de la nourrir et d’assurer sa propreté, étaient là. Elle les regardait, et si l’une d’entre elles s’éloignait pour une quelconque raison, elle appelait doucement. C’était un moment critique et elle voulait que tous ses proches soient là. Ils étaient venus et elle était contente, mais la douleur se faisait plus pressante.

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Tous travaux sur le bâti du centre historique donnent lieu à une intervention du service archéologique de la Ville. Les fouilles ont commencé un mois avant la rénovation de la première habitation de la rue des Jardins. Les travaux décidés par l’agrégation GoosseLaurent visent à retrouver l’aspect originel de deux bâtisses unifiées au XXe siècle (parcelles D735 et D1329), tout en y ajoutant les étages nécessaires à la création de trois chambres d’habitation supplémentaires. Les membres de l’agrégation ayant été relogés dans un immeuble de l’extension sud-est, les fouilles ont pu commencer le 11 novembre de cette année.

Selon les dires des GoosseLaurent, très attachés au souvenir des agrégeant·e·s qui avaient acquis ce bien en 2013, la bâtisse aurait peu évolué depuis 400 ans. Un certain nombre de commodités ont été conservées tout en intégrant les normes physiologiques de la Ville.

La découverte fut faite dans ce qui devait être une «salle d’eau». Elle servait à la fois de lieu d’aisance et de thermes individuels. Les GoosseLaurent utilisaient cette pièce comme cave à vin depuis plusieurs générations. Ils n’avaient pas souvenir d’un autre usage. La boursouflure du mur du fond était tenue pour une simple irrégularité d’un mur chaulé à flanc de montagne. Cette boursouflure cachait un arrangement de céramiques scellé en forme de spirale senestre. Il comportait quatorze carreaux de porcelaine de 8 cm de côté, décorés d’une empreinte rehaussée d’engobe noire. Treize d’entre eux proposent une représentation et portent au verso une numérotation de un à treize, suivi d’une barre oblique et du chiffre 113.

Derrière l’arrangement de céramiques, nous avons découvert une niche contenant une boîte en aluminium scellée par de la propolis. Elle protégeait divers artefacts dont quatorze tablettes d’alliage de plomb de 9,5 cm de côté. Un texte a été frappé sur chacune d’entre elles à l’aide de poinçons. Treize de ces textes reprennent la numérotation que l’on trouve au dos des céramiques, suivie d’une dénomination et d’une sentence. Le quatorzième est une ébauche de règles de jeu.

Entre ces tablettes s’intercalaient les reliquats de quatorze cartons de feutre de bois imprimés. Sur les cartons, nous avons retrouvé les décors des céramiques reproduits avec une encre à base d’huile de lin et de noir d’ivoire ; à leur verso la numérotation sur 113, déjà relevée sur les céramiques et les tablettes de plomb. 
Il s’y ajoute une numérotation ­ordinale de couleur rouge à sept chiffres.

Le lien a été rapidement fait avec les «113 oracles» évoqués dans notre tradition orale et qui sont couramment associés aux notions «d’âge d’or» et de «sauvegarde».

Nous pouvons supposer que ces treize images/inscriptions sont les premières des 113 oracles. La mise en parallèle entre les feutres de bois et les céramiques, ainsi que la numérotation à sept chiffres, suggèrent que le mode de diffusion le plus courant des oracles était l’estampe sur carton.

Quant aux dénominations, sentences et règles inscrites, ce travail laborieux de frappe du métal laisse supposer une unicité et un désir de conservation à long terme. L’oralité semble leur mode de diffusion le plus probable.

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Le petit veau qui naquit était splendide, une belle génisse. Noisette s’est levée et a commencé à tourner autour du nouveau-né, le poussant de temps en temps, et nous repoussant nous-mêmes en signe de joie. Elle a continué comme ça pendant un certain temps, puis s’est arrêtée, fatiguée. Nous aidions le veau à téter, mais la vache était trop excitée. Finalement, elle s’est calmée et n’a plus voulu nous laisser partir.

Maintien de votre structure
au sein des cercles et des agrégations.

Prudence LouiPop
Archéologue/Paysanne
Doctorante ULPM
Responsable du chantier Vieille Ville


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