Août 2413 – Les 113 oracles et le quartier «Vieille Ville»

Pia observe le déplacement laborieux de Luette sur le carrelage de la salle commune. Il vient d’entamer un carreau noir du grand damier et laisse derrière lui une trace luisante et humide, qui une fois sèche se transformera en une fine pellicule cellophane.

Les récoltes vont bientôt se terminer et les orages d’août commencent à se faire plus pressants. Ils annoncent la période de calme relatif qui va me permettre la préparation du chantier «Vieille Ville».

Le chantier «Vieille Ville» est la première investigation d’envergure du département Archeologia de l’ULPM. Comme je l’ai évoqué dans mon précédent message, les résultats de ces fouilles sont très attendus.

Le quartier «Vieille Ville» est situé au pied du plus grand des anciens temples, il est traversé par la GranRue qui s’élance au pied du Taarn et grimpe jusqu’à la place des Thermes. Exposé au sud, ce quartier a longtemps été préféré aux quartiers de la rive gauche avant que les premiers réchauffements ne viennent tempérer ce choix.

Les maisons de l’agrégation GoosseLaurent sont situées sur les parcelles comprises entre la rue des Jardins, la GranRue, la rue de l’ancien Temple et l’ancien cimetière. Les travaux décidés par l’agrégation visent à retrouver l’aspect de deux bâtisses (parcelles D735 et D1329) qui avaient été unifiées au XXe siècle, tout en y ajoutant les étages nécessaires à obtenir trois chambres d’habitation supplémentaires. Ces travaux comporteront la réouverture d’un passage public et la création de passerelles entre les étages ajoutés, de façon à permettre l’accès privatif à chacune de ces chambres.

La décision d’ouvrir un chantier de fouilles avant tous travaux de réfection vient d’être prise très récemment par le conseil des agrégations, et ce n’est pas tout à fait un hasard si le premier chantier à inaugurer cette décision concerne ces bâtisses jumelles.

La Ville n’a apparemment jamais attribué de numéros à ces habitations comme certaines villes du XXe siècle le faisaient. Aucune des maisons ne possède de marque chiffrée, en dehors de certains linteaux des XVIe et XVIIe siècles qui exposent fièrement leur date de construction, comme le voulait la tradition.

Il est donc assez étonnant que l’escalier d’entrée de ces maisons, construit au XXe siècle, arbore la gravure des lettres «C.C.C.X.I.» qui ne correspondent à aucune date de fabrication, ni à aucune autre mention légale, coutumière ou nécessaire à cette époque.

Il serait surprenant que ce travail très soigné de gravure soit le fait du hasard ou purement décoratif. Si l’acronyme «C.C.C.X.I.» ne correspond à rien de connu dans nos documents, il correspond par contre au chiffre romain pour «311». De là à y voir une mise en miroir du chiffre «113» il n’y a qu’un pas. Un pas qui a stimulé le conseil des agrégations dans sa prise de décision d’ouverture du chantier de fouilles.

Nous sommes dans le cadre d’une hypothèse. L’agrégation GoosseLaurent n’a jamais mentionné la présence d’artefacts qui, de près ou de loin aient un rapport avec la tradition orale des 113 oracles.

Quoi qu’il en soit, cette coïncidence chiffrée et le vraisemblable culte du secret qui entoure la Petite extinction n’est pas sans me rappeler la synagogue médiévale de Cordoue. Celle-ci avait été dissimulée pendant des siècles sous le crépi d’une riche demeure. C’est seulement à la fin du XIXe siècle que par hasard l’ornementation de la salle principale fut découverte et restaurée.

Lien possible avec «les 113» ou vains espoirs, nous en saurons plus en novembre avec le début des fouilles du chantier «Vieille Ville».

Pia a trouvé Luette dans le jardin après la pluie, alors qu’elle s’affairait à la préparation d’une couronne de pâquerettes. Luette a une belle couleur jaune paille et deux paires d’antennes très expressives. Pia prend délicatement Luette entre son pouce et son index et le dépose sur le lierre humide qui coure le long du mur de l’ancien cimetière.

Maintien de votre structure
au sein des cercles et des agrégations.

Prudence LouiPop
Archéologue/Paysanne
Doctorante ULPM
Responsable du chantier Vieille Ville