Juillet 2413 – Les 113 oracles et la Petite extinction

Le début de l’été fut caniculaire. Ce matin il a commencé à pleuvoir doucement, puis soudain ce fut comme si le ciel s’ouvrait et déversait un véritable déluge. Dans la rue, l’eau atteint presque la cheville. Il n’y a pas le moindre bruissement dans les feuillages, comme si la surprise les avait rendus muets. Les gens traversent la rue en pataugeant, trempés jusqu’à l’os, mais ils sont heureux de cette pluie torrentielle.

Deux prémisses encadrent notre approche diachronique de la Petite extinction.

La première découle de l’absence de l’Histoire, de l’absence d’une «écriture» de cette période. Les seules connaissances documentaires que nous possédons sont des connaissances «en creux». Elles se résument aux liens qui peuvent être faits entre les documents précédents le XXIe siècle et ceux que nous avons produits depuis la fin du XXIIIe siècle.

Le premier mandat de la chaire BiblioTecoNomia de l’ULPM fut la réunion, la validation et la conservation des documents anciens et modernes. La chaire Cyclades eut la tache d’ouvrir un accès en temps réel au catalogue et à la localisation de ces documents, à l’intention de l’ensemble des membres des cercles et des agrégations. Archeologia travaille aujourd’hui à partir du hiatus qui existe entre ces deux corpus documentaires.

À titre d’exemple, nous savons assez précisément que le rapport à l’énergie au XXe siècle était sans commune mesure avec celui que nous entretenons en 2413, sans pour autant savoir comment ce rapport a évolué entre ces deux temps. Nous établissons des conjectures sur cette évolution et cherchons à les affiner lors de nos fouilles. Cette méthodologie prévaut à l’ensemble de nos champs d’investigation, qu’ils relèvent de la connaissance scientifique ou des pratiques domestiques.

La seconde prémisse s’appuie sur la tradition orale contemporaine, et plus spécifiquement sur la culture enfantine. Les «113 oracles» sont une thématique récurrente des histoires et comptines de cette culture transmise de génération en génération. Les «113 oracles» évoqués dans cette tradition sont systématiquement associés aux thématiques de «sauvegarde» et de «renouveau». Les narrations et les jeux d’enfant qui leur donnent vie sont toujours liés à la pensée et à l’élaboration d’un «âge d’or».

Notre spiritualité et notre rationalité nous invitent tout à la fois à protéger et à interroger cette part de rêve. Chaque enfant finit par entendre un jour que: «les 113 oracles n’existent pas, que c’est une fable pour les aider à s’endormir, que seuls les actions et les échanges permettent de vivre en bonne entente avec les éléments, les cercles et les agrégations», etc. Il n’en demeure pas moins en chacun de nous une croyance profonde en ces bonnes/bons génies qui ont bercé notre enfance.

Pour autant, nous n’avons aucune idée précise de ce que recouvre cette notion «d’oracles» dans le contexte que nous explorons.

J’ai reproduit à la fin de cet article un extrait de la comptine «Les 113» telle qu’elle a été retranscrite in Comptines & Chants du Pont-de-Montvert au XXVe siècle. Vous constaterez dans cet extrait, et ceci est généralisable à l’ensemble de la tradition orale, que rien ne permet de dire ce que les «113 oracles» sont censés être. Ils pourraient tout aussi bien être des personnes, des animaux, des objets, des images, des paroles ou des textes: l’une de ces choses ou toutes ces choses à la fois. Rien ne permet à ce jour de le préciser.

Ces «113 oracles» font partie intégrante de notre culture et ils sont les seules traces qui nous relient à la période de la Petite extinction. Dans le cœur de chaque participant aux chantiers de fouilles, il y a toujours le secret désir de trouver un beau jour un artefact qui atteste de leur existence.

Les plates-bandes des jardins sont inondées et la route est recouverte de plusieurs centimètres d’une eau boueuse. Un circaète aux ailes brunes et blanches essaie de s’abriter dans l’épais feuillage d’un hêtre. Il est de plus en plus mouillé et s’ébroue sans cesse.

La pluie s’est arrêtée aussi brusquement qu’elle a commencé.

Tout est lavé.

Bonjour chez vous

Prudence LouiPop
Archéologue/Paysanne
Doctorante ULPM
Responsable du chantier Vieille Ville


[…] Les 113 sont nos amies, tous les jours elles nous sourient,
Les 113 sont nos amis, tous les jours ils nous sourient.
Ce sont eux qui sont dans nos cœurs,
Ce sont elles qui font fi d’nos malheurs.

La première est éternelle, et de toute c’est la plus belle.
Il te faudra bien réfléchir, pour cela t’as tout à loisir.
Ce n’est pas ta première culotte, celle-là personne ne l’hôte.
Elle t’accompagnera au tombeau toi et tout tes p’tits fillots.

Les 113 sont nos amies, tous les jours ils nous sourient.
Les 113 sont nos amis, tous les jours elles nous sourient,
Ce sont eux qui font fi d’nos malheurs.
Ce sont elles qui sont dans nos cœurs

Le second va par deux comme vont les amoureux
Mais comme sur un étalage, devra choisir la plus belle image,
Rencontrer la guérison ne te donnera pas le bonheur,
Rencontrer la guérison te fera vivre avec le facteur.

Les 113 sont nos amies, tous les jours elles nous sourient,
Les 113 sont nos amis, tous les jours ils nous sourient.
Ce sont eux qui sont dans nos cœurs,
Ce sont elles qui font fi d’nos malheurs. […]

In Comptines & Chants du Pont-de-Montvert au XXVe siècle, ULPDM – Dépt. Archéologie, 2407 – consultable dans son intégralité au domicile des agrégeants AliChapelle.


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